Le cercle de femmes de mars a eu lieu. Le thème était La Femme et la Sexualité.
L’âge des participantes s’étalait de 21 à 43 ans. Nous avons regretté que les plus anciennes ne soient pas venues apporter leurs expériences aux nôtres. Mais les échanges furent nombreux et passionnants.

Nous avons commencé tout d’abord par une partie introspective, sans commentaire, juste en face à face avec nous-même, afin de dénicher les croyances que nous nous sommes forgées sur le sujet au cours de notre éducation, de nos rencontres et qui peuvent aujourd’hui gêner notre épanouissement. Nous sommes ainsi retournées auprès de l’exemple du couple parental, puis de notre initiation, des images ou sons marquants, des premières fois, de l’incidence du rôle de mère sur notre sexualité, de la connaissance ou non de notre propre intimité…
Pour démarrer le débat, j’ai proposé un tour d’horizon historique de la relation de la femme et de la sexualité.
Nous sommes remontées au temps où la divinité était féminine, car liée à la fécondité. Il était pensé que les femmes étaient les seules capables de procréer, elles étaient donc divines, et le seul moyen pour les hommes de s’approcher de cette divinité était de rencontrer sexuellement dans des temples des femmes représentants cette divinité. Le lien était fait entre la sexualité et le sacré. Puis avec le temps et les excès en tout genre, les hommes ont commencé à comprendre que rien ne se passait s’il n’y avait pas leurs apports et qu’ils étaient donc pour quelques choses dans la fécondité. La divinité est devenue masculine: on est passé du culte de la Terre Mère à celui de Dieu le Père. Ceci a eu une très grande influence car on a alors séparé la sexualité du sacré, mais aussi la fécondité de la sexualité. Il y a donc eu l’arrivée des femmes dédiées au sexe (la putain) et celles dédiées à l’enfantement (l’épouse mère) et plus d’accès au sacré pour les femmes, seulement en tant qu’observatrice.
Le celtisme s’est fondé sur la religion de la triple déesse féminine de la Nature: la Terre Mère Dana au triple visage de jeune fille, mère et vieille femme (vie, mort et renaissance), cycles de la vie. Les druidesses avaient cette triple représentation d’initiatrice, guerrière et de guérisseuse. La société celte était fondée juridiquement et socialement sur le modèle féminin: le lien de la tribu (le Thuatah Irlandais) était constitué autour de le femme qui était souveraine et avait le droit d’être vierge, c’est à dire libre de mari et de choisir qui elle voulait mettre dans son lit (le seul lien héréditaire prouvable était celui de la mère).
Lorsque les romains sont arrivés en Gaule et dans le monde celtique, on comprend mieux leurs surprises et inquiétudes face à cette société de type matriarcale. Il a été primordial pour cette civilisation fondée sur le Dieu masculin de mettre un nouveau droit social fondé sur le pater familias, tout en rejetant la femme au rang des mères porteuses, le sexe étant vécu à part la cellule familiale, d’où la nécessité de mettre en avant la Vierge Marie pour asseoir la Sainte Mère l’Eglise. Du coup, la sexualité est passée du sacré au péché (Eve représentant le sexe faible qui séduit Adam et l’entraîne à la faute). Par la suite, un homme qui fautait en dehors de la famille était vite absout, une femme qui fautait en dehors de son mari encourait la peine de mort. Les anciennes femmes libres ont pour la plupart été brûlées en tant que sorcières…
Il a fallu attendre le 20ème siècle et notamment le fameux mai 68 pour que les femmes puissent se permettre de vivre librement leur sexualité en dehors du rôle de fécondité, avec l’arrivée de la pilule et de l’IVG. Mais on est encore loin de redonner la place sacrée à la sexualité. Car cette libération des moeurs a plus été entrainées vers la pornographie que vers un renouveau de sacralisation…et ceci est une nouvelle forme de soumission (cf l’image peu radieuse des femmes dans la publicité)!
Avec ce compte rendu historique, il est intéressant de voir comment la sexualité a été le fondement de nos civilisations, de nos sociétés, de notre droit juridique et que cela a des répercussions y compris au niveau du sens du travail.
Après cet aspect philosophique-ethnique et sociétal du sujet, nous avons abordé le sujet plus personnel des croyances qui nous gênaient dans notre plein épanouissement: qui d’une découverte de la sexualité “sale” suite à la vision mal vécue d’une scène d’accouplement bestial dans le film “La planète des singes” à la toute jeune adolescence, qui d’une découverte à l’âge de 5 ans d’une cassette pornographique laissée trainée à la place d’un film enfantin par un parent, qui d’un ras le bol d’entendre les étreintes passionnées de sa mère, qui d’une absence totale de discussion et d’image parentale d’échange amoureux, qui de la mauvaise interprétation du conte de fée “La belle au bois dormant” ravivée par le film “Pretty Woman”, qui vous laisse croire que c’est l’homme qui doit révéler la femme qui est en soi!
Toutes, et quelques soient notre génération, nous avons eu notre part de croyances limitantes. Nous avons pu constater les dégâts d’une mauvaise information, d’une non initiation, d’une mauvaise interprétation spirituelle de la sexualité sur nos comportements. Nous nous sommes rendues à l’évidence de l’importance de prendre notre besoin en main et telles nos ancêtres les gauloises (!) ou tout du moins les druidesses de nous rappeler que nous sommes nos propres initiatrices de nous mêmes et qu’en nous connaissant également sur ce plan là, nous pouvons initier une relation plus intéressante et équilibrée avec notre partenaire, et ceci dans un mouvement de respect du féminin et du masculin en nous. Dans ce cadre, la sexualité peut nous combler et nous ouvrir de nouvelles portes d’horizons à découvrir à deux…
Reste à savoir comment l’on peut transmettre ça à nos enfants et si les parents sont le mieux placés pour le faire? L’éducation sexuelle au collège se base sur un planche anatomique (en lien avec la fécondité…!) et sur l’utilisation du préservatif du fait du risque des MST et du sida…dans la tête de nos jeunes ados en pleine puberté le lien est vite fait: sexe= peurs, maladie mortelle ou défigurante, risque de fécondité et de toute façon comportement à risques…Le reste éducatif se fait de plus en plus jeune dans la cours de récréation par des gestes obscènes et maintenant des vidéos pornographiques sur téléphone portable!
Il serait peut être temps de réfléchir à une autre forme d’initiation! Nous n’avons pas de méthode toute faite…juste une expérience transmise par Don Marcelino, homme de sagesse péruvien qui m’expliquait un jour l’initiation donnée aux jeunes gens de 12 ans dans leurs tribus: les garçons sont réunis auprès d’un grand père qui leur explique dans la matinée l’acte sexuel et comment apporter du plaisir à une femme, tandis que les filles sont réunies par une grand mère qui explique comment apporter du plaisir à un homme tout en expliquant bien sûr ce qui se passe lors d’un accouplement; puis l’ensemble des filles et des garçons sont réunis autour d’un lit qui leur est présenté comme un temple sacré. Le lit est considéré comme le lieu sacré où se passe la rencontre de l’homme et de la femme. Les jeunes associent l’aspect sacré à la rencontre sexuelle entre deux êtres.
Voici un vaste sujet, intarissable, qui nous a permis une nouvelle approche de la sexualité! Bien sûr nous aurions pu parler de sexe toys et des positions etc, mais l’information peut être trouvée facilement! Que les messieurs se rassurent, nous n’avons pas parlé non plus de leurs performances, ce n’était pas notre sujet! Chacune est repartie avec de quoi réfléchir et surtout une grande envie d’expérimenter la sexualité sous un nouveau jour et le sacré peut également être très joyeux!
Notre prochaine rencontre du cercle des femmes aura lieu le jeudi 22 avril à 20h30. Le thème que nous avons choisi sera: la relation mère fille! Tout un programme là aussi!
Marie-pascale Boré
Coach de vie, formatrice, révélatrice de talents